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Mémoires vives est une série de témoignages photographiques sur le deuil périnatal.

Audrey et Fabien. Colin, 3 mois après. « À quoi nous raccrocher quand on a eu si peu de temps ? Une amie m’a offert ces ailes d’ange et je crois qu’elle avait tout compris. J’avais besoin de ce petit symbole pour pouvoir avancer. »
Audrey et Fabien. Colin, 3 mois après. « À quoi nous raccrocher quand on a eu si peu de temps ? Une amie m’a offert ces ailes d’ange et je crois qu’elle avait tout compris. J’avais besoin de ce petit symbole pour pouvoir avancer. »

Donner naissance, donner la vie. Deux expressions synonymes pour beaucoup, dramatiquement différentes pour d’autres. Car certaines mères mettent au monde leur enfant déjà mort, ou qui ne vivra que peu. Cet enfant disparaît souvent avant même d’avoir été reconnu et accepté en son sein par l’entourage, par la société. Voyez le dictionnaire, qui accepte veufs et orphelins mais n’accorde aucun statut aux parents qui ont perdu leur enfant. Parents « désenfantés », « paranges », néologismes pour dire le silence et la douleur. Lorsque cet enfant mort était le premier, les parents sont parents, sans en avoir aucun signe extérieur visible.

Cet enfant a pourtant une histoire, une existence, il a été attendu, aimé, pleuré. Les parents ont besoin de l’inscrire dans leur histoire personnelle et familiale, comme tout enfant. Face au silence, la mémoire s’impose, les parents cherchent et trouvent une place à ces tout petits.L’absence de rites autour de cette mort périnatale oblige chacun à trouver son propre chemin. De nombreuses familles ont ainsi au sein de leur maison un espace de mémoire, un espace de présence de l’absence. C’est une mémoire vive, pour dire de ne pas oublier le frère, la sœur, le fils, qui n’est pas là physiquement, que personne n’a entendu rire, mais qui est présent dans les cœurs.

« Mémoire vive » est une suite de rencontres avec des parents, grands parents, fratries, qui ont accepté de partager une grande intimité. Ils ont connu la mort d’un tout petit il y a 3 mois, 3 ans, 30 ans… Quelles que soient les différences, une constante : l’affirmation que la présence de ces morts ne doit pas être vue comme « pathologique », mais qu’elle est souvent, simplement, une invitation à parler d’eux, à ne pas les oublier, à prononcer ce prénom : Rémy, Romain, Iris… Comment organiser ces photographies ? Peu importe les raisons de la mort de l’enfant, l’âge des parents, leur « catégorie socioprofessionnelle », le temps depuis lequel cet enfant est absent. La douleur est la même. Il est impossible de graduer, inutile de catégoriser. Quel classement choisir alors ? Celui qui reflète le plus leur histoire. Le hasard. Hasard du « pourquoi nous ? » et hasard des rencontres.

Le contexte du reportage Mémoires Vives

En juillet 2005 je me retrouve au coeur de « l’affaire Saint Vincent de Paul » pour avoir fait des recherches sur le devenir du corps de mon fils, décédé en 2002. Plus de 300 corps (« foetus » et « bébés »), ont été retrouvés, conservés dans des conditions indignes, sans aucune autorisation et sans cadre. L’occasion de parler de la mort périnatale, sujet plus difficile à aborder qu’il n’y parait. Libération présente un bel article.

Lire l’article de Libération – page 1

Lire l’article de Libération – page 2